éthique. Au sens que j’appelle phénoménologique ou liminal1, toute activité de pensée déclenchée par la question « que dois-je faire ? » ;
Tentative de clarification de cette activité (approche généalogique à la Nietzsche, psychanalyse, etc.) ; Tentative de «domestication» de cette activité par la production de doctrines morales ; Par extension et au sens commun, discours général sur ce qu'on doit faire ou non.
Les niveaux 2° et 3° relevent de ce que j'appelle «dialectique».
éthique et morale. Ces deux termes parlent grosso modo de la même chose : tous deux répondent à la question «que dois-je faire ?», ils ont la même étymologie (les moeurs), et les philosophes ont usé diversement de l’un et de l’autre. Cependant, l’usage actuel les distingue, et il s’avère utile de le faire. Pour faire court je dirai qu'on hérite de la morale comme d’un ensemble de principes qui tendent à «l’universel» («lois», «impératifs», cf. Kant, ou la morale chrétienne), et que nous construisons l’éthique en partant de réflexions plus «subjectives».

négativité. La négativité, c’est la part «sombre» de l’humain, l’ensemble des maux qui affligent le sujet humain en général, dont il peut être tenu pour (co)responsable (qui d’autre ?). Soit, entre autres : souffrance infligée à autrui et/ou à soi, mauvaise foi, mensonge, manipulation, tromperie, y compris à l'égard de soi-même, etc. — mais aussi, «oubli de soi», déni ou déconnexion avec ce qui compte vraiment, etc. Cette négativité éclate au grand jour sous forme de crises et conflits divers et variés, mais, la plupart du temps, reste en veille, cachée à nous-mêmes. D'où un travail spécifique de reconnaissance de cette négativité, que j’appelle dialectique, préalable indispensable à l’éthique bien comprise.

dialectique. Au sens actif, le travail conscient et volontaire que nous menons sur notre négativité et nos contradictions. Au sens passif, travail de la négativité en nous et malgré nous («travail du négatif», disait Hegel).
Pour accéder au sens actif du terme, il faut commencer par reconnaître que la contradiction, et plus généralement la négativité, agitent les profondeurs du coeur de l’homme. Ce qui est vite dit, et loin d’être chose facile dans une société pétrie par les idéologies de la transparence et de la positivité (entre autres). Au contraire, nous disons : l’homme est pour partie opaque à lui-même ; il a en lui une part (fondamentalement) négative.
Une fois ce travail de reconnaissance entamé, la dialectique peut devenir ce travail conscient et volontaire de repérage de nos propres contradictions, et ouvrir la voie à leur «sublimation» et à leur «domestication», avec vue sur le vaste champ de l’éthique.

idéologie. Schème ou fragment (dégradé) d’une théorie, véhiculé de manière plus ou moins volontaire, et occupant une place de pouvoir dans l’espace social.
Nous héritons tous d’idéologies diverses et variées, parce que nous sommes des êtres «sociaux», des êtres de «culture» plus que de «nature» ; parce que l’inconscient est de la partie (séduction, illusion, tromperie, etc.) ; et parce que nous n’avons pas le temps de tout passer au crible d’une critique vraiment critiquante. Reste la question de savoir à quel point ces idéologies, qui sont rarement anodines, émanent de théories fondées en raison… et en humanité. D'où l’intérêt d’en repérer les principales, notamment celles que notre sensibilité nous fait voir comme humainement menaçantes.

Une idéologie visiblement partagée par la majorité peut être dite appartenir à l’idéologie dominante. Font partie de cet ensemble, selon moi, et à titre d’exemple, les idéologies : «matérialiste», «techniciste» ou «technoscientiste», «neuro» (quel que soit le suffixe), «libérale», «économiciste», «démocratiste», etc. — en rappelant bien, que, conformément à la définition donnée plus haut, une idéologie ne peut être confondue avec la théorie qu'elle reflète.

Notes de bas de page:

1
Liminal : relatif au seuil. Cf. subliminal, situé sous le seuil de la perception. Je qualifie cette définition de l’éthique de «liminale» parce qu’elle concerne des perceptions situées au seuil de la conscience.